Le Havre en photo

L'Histoire du Havre en photo...

21 septembre 2006

VIDEOS : Dans les rues du Havre en 1935...

En cherchant sur le net, je suis tombé sur quelques extraits de films tournées par des amateurs dans les rues du Havre en 1935. Même si c'est très court (car le restant est payant), ca méritait que je le publie sur ce blog...

Le Quai de Southampton, face au Musée des beaux arts. Il y'avait énormément d'annimation sur ce quai à l'époque, presque autant que sur la Place de l'Hotel de Ville ajourd'hui :

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http://video.google.fr/videoplay?docid=7854201072617777121&q=LE+HAVRE

La rue de Paris à la hauteur des Galeries du Havre, en direction de l'Hotel de Ville. Cette video nous permet de découvrir des scènes de rues il y'a 70 ans. Deux tramways se succèdent à peut de distance près...

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http://video.google.fr/videoplay?docid=-5716161786347294021&q=LE+HAVRE

La Place Gambetta derrière le monument aux morts. Cette video nous permet d'admirer le Grand Théatre et la circulation sur la place...

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http://video.google.fr/videoplay?docid=-2601694450947539077&q=LE+HAVRE

Le Palais de la Bourse depuis la Quai Lamblardie (Quartier Saint François) :

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http://video.google.fr/videoplay?docid=-61080408686633177&q=LE+HAVRE

Le Bassin du Commerce et la piscine flottante du CNH. En 1935, le bateau phare "LE HAVRE" (actuellement dans le quartier des docks), était amarré dans le bassin du commerce, à proximité de l'Arsenal.

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http://video.google.fr/videoplay?docid=-2984776525867807836&q=LE+HAVRE

La Prefecture depuis la Place Carnot. Le film est pris depuis les marches du Palais de la Bourse, actuellement Place Jules Ferry.

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http://video.google.fr/videoplay?docid=-4226815629141626544&q=LE+HAVRE

La foule sur la digue Nord lors du départ du paquebot "Ile de France", en direction de New-York. Aujourd'hui, rien à changé cette scene aurait très bien pût être filmé aujiourd'hui en 2006. Si la ville à changée, ses habitants sont resté les mêmes de génération en génération...

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http://video.google.fr/videoplay?docid=7658012408555650469&q=LE+HAVRE

Toutes ces videos sont disponible en intégralité sur ce site :

http://creative.gettyimages.com/source/Film/filmresultsmain.aspx?source=quickSearchFilm&txtSearch=LE+HAVRE&doRF=True&doRM=True&usePrefs=False

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14 septembre 2006

2000 motards dans les rues du Havre

Impossible de les avoir manqué. Les 2000 motards ont parcouru les rues du Havre, Samedi soir, juste avant le feu d'artifice sur le bassin du commerce.

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13 septembre 2006

La Fête de la Mer...

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12 septembre 2006

La foule à Saint-François et Notre-Dame dimanche dernier !

La fête de la mer semble s'enraciner profondement dans la tradition Havraise, comme le prouve ces photos prises dans les rues du quartier Saint François et du quartier Notre-Dame, dimanche dernier. Il y'avait presque autant de monde qu'habituellement sur la plage !

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Le Centre-historique du Havre retrouve petit à petit son ambiance d'antant, à l'époque ou les commerçants de la rue de Paris étaient ouverts le Dimanche pour le plaisir des Havrais et des touristes en escale.

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Des concerts à tous les coins de rues, de Herbert Léonard au groupe TRY-AN des bars et des restaurants partout, des expositions et des commerces ambulants. A 3 heures du matin Samedi soir, il y'avait encore beaucoup de monde dans les rues, surtout autour de la Cathédrale au Casino.

Vivement l'année prochaine !

A suivre prochainement, les photos des motards dans la rue de Paris, et la bénédiction des bateaux (et des curieux sur les quais).

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11 septembre 2006

Il y'a 62 ans : 12 Septembre 1944, LE HAVRE est enfin LIBRE !!!

LE HAVRE LIBRE, c'est se que titrait le célèbre journal "HAVRE LIBRE" le 12 Septembre 1944, lors de sa première parrution. 4 années de douleur, de terreur, de raids aeriens, de nuits sans sommeil, de faim et de mort...tout cela était enfin finis. Les Havrais qui dépuis début Septembre étaient terrés dans leurs abris sorte enfin au bruit des chenilles des chars Anglais et Canadiens. C'est avec soulagement qu'ils accueillit, mais Le Havre est en deuil. Après 3000 alertes, 152 raids aeriens, 7 jours de bombardements massifs et un pillonage maritime et terrestre sans précédent, Le Havre est en deuil. 5153 Havrais sont mort pour leur liberté, autant de soldats Allemands et Alliés sont tombés pour une idéologie fanatique et une soif sans fin de destruction. Le Havre, la Cité Oceane, la porte de l'Europe par laquelle des millions de passagers ont transité, la citée rêvé par François Ier , la ville historique chef d'oeuvre de la rennaissance n'est plus qu'un amas de décombres fumants. De la Gare on voyait la Mer et de la Place Thiers on voyait les navires rentrer dans le port ; 20 000 immeubles on été entièrement rasés, 12 000 devant être détruits. L'Hotel de Ville, le Palais de la Bourse, le Grand Theatre, les Halles, la Cathédrale, le Muséum, le Musée des Beaux Arts, Frascatti, la caserne Kleber, les églises Saint François, Saint Joseph, Saint Michel, Sainte Marie, Saint Vincent entièrements détruites ou gravement endommagés. Toutes les rues du vieux Havre ont disparu, les riches hotels d'armateurs, les Hotels particuliers de XVIIeme siecle, le Palais de l'Arsenal ne sont plus qu'un souvenir. Le bouillonement de la rue de Paris à laissé la place aux décombres. On enterres les morts partout ou il y'a de la place, au Square Saint Roch, sur la Place Thiers ou la Place Gambetta. Lorsque les corps ne sont pas identifiables ils sont brûlés sur place au lance flamme pour éviter les épidemies.

C'est dans se décor dantesque que l'on fête, ou plutôt que l'on assiste à la libération de notre ville. Le soir du 12 Septembre 44, le maire Pierre Courant se rend devant le monument aux Morts, unique survivant au milieu des cratères de bombes. Des dizaines de milliers de Havrais acclament le Maire et chantent la Marseillaise. Les drapeaux tricolors sont ressortis des placard après 4 années d'abscence. La pluspart d'entre eux sont accolé d'une crêpe noire, symbole de deuil. Les cloches des eglises (celles encore debouts) sonnent dans toute la ville.

Tout le monde le sait, une tache immense attend les Havrais : Reconstruire leur ville, et vivre temps bien que mal dans des conditions précaires. Au cours de l'hiver 1945, la circulation reprend, les tramways et le funiculaire sont remis en fonctionnement et la ville se couvre de milliers de barraquement provisoirs...

Lors de sa visite au Havre en Octobre 1944, De Gaulle avait raison de croire dans l'avenir de cette ville, tel le Phoenix ou plutôt la Salamandre qui renait toujours de ses cendres. 62 ans après, Le Havre à repris sa place nationale et internationale de première importance. Le classement du Centre-Ville au patrimoine Mondial de l'UNESCO est comme un pied de nez à l'histoire...

12 Septembre 1944, Les Havrais se réunissent autour de Pierre Courant devant le monument aux morts, Place Gambetta. Regardez bien, vos parents ou grands parents étaient peut être là ?

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PCOURANT

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Que pouvaient pensez tous ces gens à ce moment là. Ca doit faire froid dans le dos de retrouver sa ville, sa maison, son quartier, l'endroit de tous ses souvenirs, ou pire, parfois sa famille, ses amis ou ses voisins parmis tous ces décombres ! Même en se remettant dans le contexte, c'est difficile à imaginer. Le monument aux morts à là et nous le rappel tous les jours.

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04 septembre 2006

LE HAVRE, 5 Septembre 1944 : 2 heures de bombardement, 5123 morts et 15 000 immeubles détruits

Le Havre Centre, deux heures de raid intensif, 800 bombardiers lourds, 80 000 tonnes de bombes deversées. Le résultat fera de notre belle ville une des plus grande table rase d'Europe et de très loin, la ville la plus détruite de France.

Immeuble à l'angle de la Place de l'Hotel de Ville et de la rue Jules Siegfried (actuel magasin Alain Manoukian)

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Le magasin de chaussures BATA, au même emplacement qu'aujourd'hui :

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L'aile Est de l'Hotel de Ville :

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La facade de l'Hotel de Ville, depuis le square central :

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Vue sur l'avenue Foch en direction de la place de l'Hotel de Ville. La vue est prise à l'emplacement de l'actuel Cinema UGC Les Clubs :

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Vue en direction de la Brasserie Paillette (Actuelle Residence Paillette)

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Vue sur la rue Théodore Maillant. L'immeuble au centre de la photo, avec la publicité "Cinzano" existe toujours en 2006. Il se trouve juste derrière la Caisse d'Epargne :

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L'emplacement de l'actuelle Librairie Dombres. Un camion garé juste en face à été soulevé par le souffle des explosions.

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Une facade Haussmanienne miraculeusement préservée, Place de l'Hotel de Ville. L'intérieur du batiment s'est effondré.

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La rue Pierre Faure. Tous les immeubles à l'Ouest sont détruits.

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Le Centre-Ville vue à très haute altitude le lendemain du bombardement. De la Place Thiers au Musée des Beaux Arts, de la Plage jusqu'à la Gare en passant par l'Hotel de Ville, La Bourse et le Grand Théatre, tout n'est que flammes. Selon des témoignages, certaines flammes depassaient le clocher de l'Eglise de Sanvic qui se trouve tout de même à 120 mètres d'altitude. Des bouts de papiers avec l'en tête (Mairie du Havre) s'envoleront jusqu'à Honfleur et Bolbec ! Des témoins habitant Arromanche ont vue Le Havre brûler pendant plusieurs jours.

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Il y'a 62 ans, le 5 Septembre 1944 entre 17H50 et 20H00 : L'Enfer du Havre.

Le Havre avait pendant 4 ans, payée un très lourd tribut à la guerre. De juin 1940 à Août 1944,

la Citée Océane

a déjà essuyée près de 152 bombardements. Record comparable à Londres ou à Berlin. Les Havrais était presque habitués à ces alertes quotidiennes. Ce jour là, pourtant, le drame quotidien et – si l’on peut dire – habituel, compréhensible, des bombardements, allait atteindre un niveau proprement inhumain. Pour des raisons encore inconnues aujourd’hui, l’aviation Anglaise entreprit d’écraser Le Havre sous un énorme tapis de bombes, sans causer à l’occupant Allemand le moindre dommage. 5000 civils tués, destruction radicale du cœur historique de la cité en moins de deux heures, on sait au moins, soixante et un ans plus tard, que cette « éffarante Table Rase » n’était ni une bavure, ni une justification : les moyens mis en œuvre ( 300 bombardiers lourds et plus de 500 Lancasters, des milliers de bombes explosives et incendiaires), les conditions de leur utilisation (temps calme, ciel dégagé) montrent au contraire une volonté froide, organisée de détruire et de tuer. Faute de pouvoir comprendre, ce geste meurtrier reste insupportable, inadmissible, impardonnable. « Une Tache de feu et de sang marquera à jamais la libération de

la France

».

Le deuil du 5 Septembre 1944 reste à faire. Le Classement récent de la ville au Patrimoine Mondial permettra t’ils au Havrais de tirer un trait sur ce passé tragique ? En tous les cas, pas pour ceux qui l’ont vécu. Le sujet de la guerre reste encore aujourd’hui très difficilement abordable dans les familles Havraises. Cette date est comme une plaie béante dans l’histoire du Havre. C’est autour d’elle – avant et après – que s’organise aujourd’hui l’image de la ville.

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Première phase de la bataille du Havre « Opération ASTONIA » : le bombardement du Mardi 5 Septembre. Cible imposée : les quartiers Sud Ouest et les Bassins, autrement dit, le Centre Ville. « Where it was believed that the garrison had headquarters », affirmera, bien plus tard, l’historien official du Corps Expéditionnaire Britannique. “Ou il était supposé que la garnison ennemie avait ses quartiers généraux”…

548 Lancasters. 2000 tonnes de bombes Explosives. 30 000 bombes Incendiaires. Deux heures d’enfer.

300 hectares

du Centre Ville en feu. Plus de 5000 victimes dont certaines agoniseront durant des jours et des nuits sous les décombres. Car il n’y a en tout et pour tout que 109 pompiers disponibles, 2 fourgons, et… 2 échelles. Pas d’eau. Au point qu’hier, le commandant Dumont s’est préoccupé de savoir s’il pouvait puiser aux bassins interdits par les Allemands !

«

La Ville

, ce Mardi 5 Septembre 1944 est vide, constate Maurice Forterre. Les rues sont sinistres. Seule

la Place

de l’Hôtel de Ville présente un peu d’animation : on y vient aux nouvelles. Mais on ne sait rien. Une canonnade lointaine, peu nourrie, espacée, répercute la guerre, carcan d’acier autour de la ville. »

Ciel sans nuages en cette fin d’après midi. Quoique, note Pierre Lefebvre, 17 ans, les Allemands « lancent une émission de brouillard artificiel, fumigènes déposés sur le Cours de

la République

, dans l’après Midi ».

Serait-ce parce que l’ennemi aurait également capté sur les ondes alliées un bulletin de « news », diffusé à 13H30, et qui a rendu perplexes les Havrais ? Un « reportage du Bombardement du Havre. Alors que tout est calme, un reporter, installé à Honfleur, décrit Le Havre comme disparaissant sous un nuage de flammes et de fumées. Erreur d’horaire dans la programmation ? »

Moins de 5 heures plus tard…

17H30 :

La Cloche

du Fort de Sainte Adresse, tenu par les Allemands, fait retentir une sonnerie d’alerte qui met immédiatement en émoi les secouristes de Sanvic-Eglise.

Du haut de son pavillon au 4 rue Lamoricière, le Sanvicais, René Libert, à la fenêtre de sa mansarde, « regarde un voisin réparer la toiture de sa maison, remettant en place  les ardoises soufflées lors du bombardement du Lundi de Pâques.

J’entends alors le vrombissement d’un avion qui lache une pluie de plaquettes incendiaires au phosphore. J’alerte mon épouse : elle descend dans un abri creusé dans le jardin, sous un immense If aux branches coupées à hauteur d’homme, et vois arriver les premiers avions : Ils surgissent, un à un systématiquement ».

« Jour maudit que ce 5 septembre ! s’écrie, au même moment, Julien Guillemard. L’avion diabolique lance de nouveau son long cri funèbre, en semant quatre fusées de signalisation encadrant un tiers de notre ville. » Un de ces pots échoue sur l’Avenue Foch, et le long panache qui monte haut proclame comme un verdict de mort.

François Poupel voit déboucher son premier quadrimoteur « entre les deux écoles de Sanvic. Les quatres moteurs ronflent dans l’azur. Grossissent en avançant . L’avion, tout seul traverse le barrage de

la Flak

qui s’acharne sur l’appareil, disparaît derrière la mairie. Et je n’aperçois plus que la gerbe étincelante des fusées, qui descendent vers le sol. Cinq minutes s’écoulent, et arrivent les premières vagues. »

17H50 pour Pierre Donatien Cot : « Je m’apprête à entrer dans le bureau du Préfet, quand un sifflement suivi de l’apparition d’une gerbe de fusées, précipite tout le monde dans les abris. J’hésite : rejoindre l’abris familial, véritable blockhaus ? ou bien profiter de la cave de

la Préfecture

simplement étayée ? Or, je le sais, 3 minutes tout au plus s’écoulent entre les premières fusées de balisage et les premières bombes. Délai trop court pour moi : je reste avec le préfet, pour retrouver, dans la cave, le concierge, sa femme, André Vasse qui va commencer à claquer des dents pour ne plus s’arrêter 2 heures durant ».

17H55 pour Bernard Hauguel, au volant d’un poussif Delahaye de l’armée Française, réquisitionné par les Allemands . Le camion gravit péniblement la rue de Montivilliers (actuelle rue Georges Lafaurie), parvient sur les hauteurs, atteint l’escalier du funiculaire.

Quand vers le Nord-Ouest, une première vague de bombardiers emplit le ciel : « Je reste dehors pour ne pas abandonner le camion. Mais je suis tellement paralysé par la peur que j’oublie de deconnecter l’accélérateur à main que j’avais poussé à fond ; si bien que le camion redescend à bride abattue la pente des rues Cronstadt et de

la Cavée-Verte

, comme un animal qui fuirait la mort ».

17H58 pour les 10 inspecteurs de

la Sûreté

qui louchent du coté des aiguilles de la pendule pour quitter la salle des Rapports attenante aux Jardins à l’Est de l’Hôtel de Ville.

« Et soudain, raconte Robert Marc, c’est le déluge. Nous nous précipitons dans l’abris creusé au pied de la statue de « L’Idylle Rustique », voisin d’un gros ouvrage bétonné qui nous est présenté comme un poste de commandement Allemand. »

Au 9 rue Gustave Flaubert, Maurice Forterre entend « le sifflement strident, suivi d’une détonation. Je me précipite à la fenêtre du salon : mille étoiles rouges recouvrent le Centre Ville, descendent lentement. Je cours ouvrir toutes les fenêtres : et vois venir du Nord-Ouest les premiers bombardiers. Je file dans l’abri, un garage étayé de poteaux et abrité du souffle par deux murs en quinconce coté rue. »

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De l’autre coté de l’estuaire, entre Honfleur et Deauville, Henri Colace, 9 ans, réfugiés à

la Rivière-Saint

-Sauveur, monte à

la Côte

de Grâce pour accorder une pensée à son père, resté au Havre depuis si longtemps, rue de Séry ou son travail le retient, « un père qui ne descend plus aux abris lors des alertes : « On meurt à son jour », ne cessent-t-il de répéter… Prisonnier évadé, il a dépassé la peur. » Henri Colace « j’aime bien fouiller la ville, de la vieille longue-vue de cuivre placée là pour les touristes, et dont je déclenche l’ouverture grâce à une petite pièce gagnée à la cueillette des groseilles.

Mais, cette fois, lorsque j’arrive sur le belvédère, je demeure paralysé : les bombardiers emplissent le ciel de petites croix noires. Leur fracas, lourd, m’étreint les entrailles. »

18H00 : pour Solange Le Cerf, au poste de commandement des Equipes Nationales, 18 Place de l’Hôtel de Ville :

« Soudain, l’équipier Guillou, au poste de guet, annonce une chute de fusées rouges. Les instructions sont immédiatement données aux équipières de descendre à la cave, et d’y garder le plus grand calme, aux équipiers de se placer devant l’entrée de l’abri pour y organiser un service d’ordre en prévision de l’afflux de civils.

18H05 : Les premières bombes tombent, et les chefs en conférence descendent rejoindre les équipiers. »

18H05 : Les aiguilles de l’horloge de l’Hôtel de Ville, sous les premières explosions, s’arrêtent pile. « Tout de suite de grosses bombes tombent près de nous, raconte Pierre Courant, maire du Havre, qui en compagnie de quelques membres de la municipalité, se trouve dans deux salles du Rez-de-Chaussée, étayées par des poutres en acier. Sous mes yeux, un projectile frappe un immeuble Haussmannien de 6 étages en face. Il disparaît d’abord dans un nuage de poussière. Et quand le nuage s’est dissipé, il ne reste rien, plus rien, absolument rien de cet immeuble en pierres de taille. Tout a disparu dans un entonnoir immense. »

De l’autre coté de l’eau, Henri Colace, côte de Grâce, voit les « avions vrombir à la verticale, déverser leur cargaison d’explosifs : Tout le centre Ville disparaît dans la fumée et les flammes.

Les explosifs parviennent nettes à mes oreilles (ou bien est-ce le bruits des explosions qui m’a fait monter à la côte de Grâce ?). Sur Graville plongent de longues traînées flamboyantes, rouges vif. Sans songer à l’inquiétude de ma mère qui ne me retrouvera pas en rentrant de son travail _ mon père n’est-il pas quelque part dans ce cauchemar de fer et de feu ? _, je contemple, immobile, horrifié »

«

La DCA

tire, remarque, sur une autre hauteur, à Sanvic, le jeune François Poupel. Les avions, en rangs serrés, lâchent leurs bombes sur nos têtes et disparaissent derrière les maisons au loin. Les éclats d’obus antiaériens tombent en pluie serrée. »

18H10, au PC des Equipes Nationales : « Sur mon ordre, rapporte Jacques Chantrelle, l’équipier Clotilde se rend au PC de

la Défense Passive.

J’interdis aux équipiers Guillou et Quetteville qui veulent sortir pour repérer les points de chute au nombre d’une quarantaine. »

« Bruits sinistres de chutes de projectiles non suivies d’éclatements, repère Bernard Esdras-Gosse. Sur le quartier Saint-Vincent descend un faisceau de fumée blanche d’ou s’échappe, à la base, des flammes ponctuées d’aigrettes : les avions signaleurs, bientôt suivis des Lancasters. »

« Premières explosions, lointaines. Plus proches soudain. Très vite. Trop vite », Pour Pierre-D Cot. « Chaque avions déverse son chapelet. On peut compter les bombes. 10 ! 12 ! 14 ! » s’écrit René Libert à Sanvic, paire de jumelles collée aux yeux. «  Bon Dieu ! Pile sur l’Hôpital Flaubert ! », jure Bernard Hauguel, qui suit, du haut de l’escalier du Funiculaire, les trajectoires.

« Un moment, Bernard Esdras-Gosse croit que l’attaque vise les fortifications de la plage. Hélas, méthodiquement, systématiquement, avec l’implacabilité des machines, les bombardiers s’avancent en rangs serrés, sur le centre. Et toute la population fuit vers les abris, se terre. »

18H15 ; Pour Jacques Chantrelle, un des chefs des Equipes Nationales au 18 Place de l’Hôtel de Ville : «  Des bombes tout près. L’immeuble « Guillaume Tell » s’effondre en partie. Des bombes incendiaires brûlent à l’entrée, partiellement obstruée, de la cave. Jean-Jacques Lesauvages et Jean-Louis Pesle attaquent le feu, munis d’extincteurs, avec un mépris total du danger. Mais les extincteurs sont très vite vides. Impossible d’atténuer les autres foyers. Une torpille tombe sur l’immeuble : l’escalier de sortie s’éboule. D’autres torpilles tombent sur le café Guillaume Tell : et la seule personne saine et sauve parmi les réfugiés de la cave voisine, M. Grand, passe dans notre abris, par une ouverture depuis longtemps aménagée. Eboulements successifs, incendies rendent l’atmosphère irrespirable : nous appliquons, sur le visage, maints mouchoirs mouillés. Le souffle des bombes nous empêche d’utiliser notre lampe à carbure. Nous voici à nouveau emmurés. »

En face, «  le corps central de l’Hôtel de Ville est fendu jusqu’au sol à hauteur de la salle des mariages, à

15 mètres

de Pierre Courant. La terre sans cesse tremble. D’épaisses masses de poussières s’élèvent maintenant partout au dessus des immeuble écrasés. Ces masses se rejoignent, et la nuit devient complète autour de nous.

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Sur les hauteurs de Sanvic, « voici un moment, raconte François Poupel, que nous charrions des caisses de biscuits, stock de sécurité de la ville, qu’il nous faut transporter de l’orphelinat, canonné, jusqu’à l’école des Frères. J’ai faim et de voir tout ce ravitaillement met en appétit. Mais l’employé de mairie qui nous surveille pointe chaque caisse.

Sous les éclats, je lâche une des caisse. Elle se brise au sol, laisse échapper un flot de biscuits dorés. J’en mets quelques-uns dans ma poche et me sauve à l’entrée d’une tranchée publique creusée dans la cour de l’école des Frères.

Dans l’angle de la grande porte vitrée de la première classe, mains enfoncées dans les poches de sa blouse grise, se tient l’employé de mairie. Pas de casque : un simple chapeau mou. Pourquoi reste-t-il bêtement dehors ? Pour…surveiller les caisses de biscuits encore dans la cour ! Fonctionnaire !

Le tir se déplace un peu. Les éclats pleuvent, ricochent, le sol tremble. De la rue, je perçois à travers le vacarme, un bruit de galoches. Je sors rapidement devant la grille de l école. Une femme court. Je l’interpelle :

_ Eh ! rentrez à l’abri ! Il y’en a un là ! Vite ! Dépêchez-vous !

_ Non ! Mes enfants ! Restés tout seuls ! Chez moi ! A la maison !

Affolée, elle court, mère défiant la mort.

_ Courez le long du mur, au moins !… »

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18H20 : « Un chapelet de 14 bombes tombe à proximité du poste de secours Sanvic-Eglise : les deux plus proches, à

40 mètres

, rapporte le médecin-chef Dupouy. Les quatre portes de la salle d’opération sont arrachées. Une cloison soufflée. Le personnel, projeté à terre. L’éclairage de la ville s’arrête. L’éclairage de secours prend le relais. Par miracle, le matériel médical est intact. »

Sous les cinq étages de l’immeuble du 9 rue Gustave Flaubert, « les sifflements sinistres s’amplifient, se mêlent aux détonations en un vacarme devenant effroyable, note Maurice Forterre. Les locataires déferlent, affolés, bientôt rejoints par des Havrais des environs.

Nous n’entendons qu’à peine

la DCA. Peut-être

parce que de nombreux antiaériens ont été déplacés et postés en antichars à la périphérie ? Ne dit-on pas que la défense antiaérienne du Havre est la plus redoutable après celle de Berlin ?

Le sol oscille. L’immeuble tremble. Tous les bruits de bombes, lointains ou proches, se confondent.

L’un d’entre nous ouvre la porte du garage, pour accueillir de nouveaux réfugiés courant à perdre haleine : une lueur rouge illumine l’espace entre les deux murs en quinconce.

C’est une bombe incendiaire brûlant devant la porte ! D’une pioche, quelqu’un la repousse sur le trottoir. Fumée et poussière envahissent l’abri.

Soudain les déchirements de l’airs s’accroissent. Secousses terribles. Nous sommes assourdis par les déflagrations. La porte de l’abri s’ouvre violemment. L’air se trouve comprimé.

Un fracas de verre brisés. Chutes de matériaux, dehors et dans l’immeuble. Choc violent sur le mur ouest. Les poteaux qui étayent le plafond vibrent. Un chapelet de bombes tombe dans la rue : l’école en face éventrée ; la petite boutique d’un horloger, pulvérisée. Notre immeuble tangue. Des femmes se trouvent mal. Un réfugié offre du rhum. Une femme entre dans l’abri ; elle est hagarde, affolée, elle crie :

_ J’étais avec mon mari ! Dans la tranchée creusée dans le jardin à coté ! Une bombe ! Tous deux à moitié enterrés ! J’ai pu me dégager ! Pas mon mari ! Aidez-moi : il faut retourner là-bas. Je vous en supplie !

Mais la violence du bombardement nous interdit toute sortie. Il nous faut attendre une accalmie. Heureusement, le mari a pu se dégager et arrive bientôt.

Entre les sifflements et les détonations, le ronron régulier des bombardiers, de centaines de bombardiers, sans arrêt, survolent la ville. Chacun consulte nerveusement sa montre. Les minutes paraissent une éternité. Serons-nous en vie ce soir ? »

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Dans la tranchée tailladant la cour de l’école de Sanvic, « les femmes sont nerveuses, écrit François Poupel. Une jeune fille se serre dans les bras d’un homme : elle pleure. Lui cherche à la consoler, mais semble surtout embarrassé. Le grondement des avions, le roulement incessant des explosions est tel qu’on se crie dans les oreilles pour s’entendre. Le temps nous semble à la fois long et bref.

Soudain, un souffle brûlant m’enveloppe. Les carreaux de l’école volent en éclats. Je me jette à terre. »

18H30 pour Jacques Chantrelle, dans la cave du 18, place de l’Hôtel de Ville : « Le chef de secteur André Dudot, assis à sa table, pointe calmement la liste des équipiers nationaux présents. Henriette Pesle, assistée de deux aides et de l’équipière C.Barsac, donnent leurs soins aux blessés. Christian Fily et Jean Eloy s’occupent à récupérer le matériel. A ce moment, une torpille tombe et cause l’éboulement du mur qui nous sépare de l’immeuble Guillaume Tell. Le souffle nous projette vers le couloir central de la cave : Henriette, bien que blessée au visage, n’en poursuit pas moins son œuvre d’infirmière.

Quand à André Dudot, il est mort.

Moi même, je suis enseveli avec deux coéquipiers et une quinzaine de coéquipières. Il y’a un amas de corps et de débris. Les blessés hurlent. »

Dans un des abris de la brasserie Paillette, entre deux chutes de projectiles, une voix de femme, une blanchisseuse de le rue Théodore Maillart, se fait entendre au dehors :

_ Ne m’abandonnez pas ! Ne me laissez pas mourir !

« Alors, un homme, face crispée à la force d’écouter cette incessante plainte, se lève brusquement :

_ On ne peut pas la laisser sous ces plâtras ! J’y vais ! Il sort. On ne le reverra jamais plus. »

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Dans la cave qui abrite le poste de commandement des Equipes Ouvrières, « il y’a déjà des civils et un soldat Allemand. Quarante personnes. Presque tout de suite, l’immeuble est touché. On l’a entendu gémir sous le coup de boutoir. Il à craqué, s’est effondré en faisant trembler le sol. Plâtre, fumée, odeur de soufre envahissent la cave pendant que la cage d’escalier se trouve comblée par des poutres et des gravas.

Nous tentons de sortir, mais toutes les issues sont obstruées. Nous suffoquons. Nous ne pouvons accomplir aucun mouvement sans étouffer. Dans l’obscurité, nous nous heurtons les unes les autres. Enfin, quelqu’un allume une pile électrique : le faisceau est arrêté par le nuage de fumée.

Un des secouristes se traîne vers un sceau d’eau, qu’il rapporte : nous attachons nos mouchoirs sur nos bouches desséchées, enflées. Protégés par ce masque, nous commençons à dégager la sortie. Voici enfin une aire de jour : instant précis ou une seconde bombe tombe, suivie de plusieurs autres qui bouleversent les décombres. Et nous voici à nouveau emmurés.

Les étais craquent. Certaines poutres cèdent, provoquent des éboulements. Malgré tout, nous gardons notre calme.

_ De deux choses l’une les gars ! Ou nous allons en sortir, ou nous allons mourir ! Or en gardant notre sang-froid, nos gestes seront plus rationnels et nos chances de salut augmenteront.

Ce qui ne nous empêche pas de claquer des dents et de sentir la peur nous empoigner aux tripes.

C’est à ce moment que nous découvrons les décombres en feu au dessus de nos têtes. L’atmosphère, déjà irrespirable, devient étouffante. La sueur coule, creuse dans la poussière sur nos visages poussiéreux.

Le soldat Allemand, qui avait mis son masque à gaz, l’arrache. Il ne peut plus tenir. Et les minutes passent, longues, très longues. L’asphyxie qui nous terrassera approche. Qui sera frappé le premier ?

Soudain, le miracle : une bombe éclate sur l’une des sorties et la dégage. Aussitôt, nous traînons les trois mourants vers l’étroite ouverture.

Nous voici dehors. Un enfer. Partout explosent les bombes. Ce n’est qu’effondrements, incendie et morts. Le phosphore brûle sur le macadam, fait fondre les rails de tramways, les traverses en fer. Les torpilles en descendant vers le sol, hurlent… »

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« Lorsqu’un avion a largué ses bombes, constate des hauteurs de Sanvic, René Libert, il repart par la droite vers la mer. Un autre survient à sa gauche, lâche des projectiles. Un tapis de bombes. Dès qu’un chargement tombe, déporté par rapport à la cible, l’avion de tête qui pilote la vague de bombardiers déverse une nouvelle pluie de plaquettes au phosphore pour rectifier la visée. »

« Une monstrueuse pluie de fer, d’acier, herse terrible, qui arrache tout sur son passage, déchire, éventre, pourfend, morcelle », constate Bernard Esdras-Gosse. « Trois quarts d’heure d’un martèlement continu », au souvenir de l’ingénieur en chef Druhart qui vient de quitter son bureau, à bicyclette, juste pour « apercevoir, en cours de route, les groupes de bombardiers lâchant des fusées à l’aplomb de l’Hôtel de Ville. Je ne trouve pas ma femme chez moi : s’est-elle enfuie dans la cave d’un immeuble voisin ?

Oui. Je la retrouve. Au moment ou le sifflement des bombes devient incessant. Une éternité, et c’est l’accalmie :

_ Va t’assurer que la maison est toujours debout ! insiste Mme Druhart.

Remonté à la surface, je constate que l’atmosphère est obscurcie par la fumée et le poussière coté de la rue ou je me trouve : impossible de discerner les immeubles en face Traversant, je vérifie que mon domicile est intacte. Mais déjà le ronronnement dans le ciel laisse présager la deuxième vague : je retourne dans la cave. »

Accalmie qui incite Robert Marc à s’extraire de l’abri du jardin de l’Hôtel de Ville : « Nous n’y voyons plus rien. La partie Est ou les inspecteurs de

la Sûreté

se sont terrés a été touché. Un collègue me crie :

_ Avenel est dessous !

L’inspecteur sous-chef Avenel est allé se réfugier au début du bombardement, dans les locaux de la police des Mœurs. Il est mort, la tête écrasée par une poutre.

Tout à l’heure, les jardins étaient déserts. Maintenant, les Allemands sont là. On les entend. Moi qui étais sorti pour récupérer mon vélo, resté à l’intérieur du commissariat, me voici brancardier, à transporter, avec mes collègues, le corps d’Avenel au poste des gardiens de la paix. Incroyable, mais vrai : au passage, les Allemands rendent les honneurs ! »

Accalmie qui permet à François Poupel, dans l’école des Frères, à Sanvic, de « relever la t^te. Je ne vois plus à deux pas. La poussière descend en nuages épais. Cela prend à la gorge et brûle les yeux. Je vois une forme près de moi :

_ Eh ! Pierre, ça va ?

_ Ca gaze. Et toi ?

_ Je n’ai rien de mal .

_ Et le petit vieux ?

Ah ! oui, c’est vrai : le fonctionnaire qui, dehors, veillait sur les caisses de biscuits réservés aux réfugiés. Malgré les bombes. En chapeau mou, mains dans les poches.

Nous fonçons vers la porte. Personne. Fiévreusement, nous cherchons. Le voilà : effondré sur les genoux, entre deux piles de caisses dans une classe.

Lorsqu’il nous aperçoit, il ramasse le feutre qui avait roulé à quelques mètres et, calmement, le brosse de sa manche. Puis, comme si rien ne s’était passé, fonctionnaire toujours :

_ Nous allons tâcher de rentrer les dernières caisses. Le coin n’a pas l’air très sur… »

Accalmie mise à profit par Pierre-Donnatien Cot pour « sortir dehors . Epaisse fumée. Le Préfet Chaumeil demande que dès la fin du bombardement, le concierge aille démolir la devise TRAVAIL, FAMILLE, PATRIE, au fronton de l’Hôtel de Préfecture. Mais le bombardement reprend aussitôt et nous rentrons précipitamment dans l’abri. Après 4 ans de bombardements quotidiens, nous savons maintenant interpréter ce que nous entendons : les bombes qui tombent derrière nous par rapport à l’axe des escadrilles causent un martèlement brutal et précipité. Compter les coups est facile : 14 bombes presque simultanément, le chargement d’un avion. Quant aux bombes qui nous dépassent, elles sifflent en passant sur nos têtes : l’une d’elles, nous avons cru qu’elle était pour nous ; le sifflement qui l’annonçait s’est intensifié progressivement, jusqu’à prendre un ton très grave pour finir en grondement rauque. Formidable explosion ! Nous nous précipitons à terre. Des débris dégringolent partout, mais nous sommes intacts. Nous saurons plus tard que la bombe est tombée à l’entrée de

la Préfecture

, sur la chaussée, à

15 mètres

de l’abri. »

D’un jardin, non loin de la place Jean-Macé, à Sanvic, quelques FFI voient « les points noirs en chapelets se détacher des gros avions qui défilent, comme à la parade, impunément. Tout se confond dans un fantastique grondement, accompagné de secousses, comme si la terre allait se soulever.

Les bombes éclatent à la cadence d’un tir de mitrailleuse. Les nerfs de quelques-uns de nos compagnons craquent : ils courent se réfugier vers je ne sais quel abri.

Nous sommes étendus sur le sol, dans le petit jardin, et regardons le ciel, guettant la vague qui nous écrasera. Quelques-uns prient. Voici qu’une vague approche de notre point d’observation : les bombes sont larguées autour du lycée.

L’âcre odeur de poudre nous dessèche la gorge déjà crispée à force d’attendre le coup qui nous est destiné. La fumée nous enveloppe. Nous sommes gris de poussière et peut-être de peur.

La deuxième vague. René Libert compte : « 120 appareils encore. 120 par vagues. Et il y’en aura 8 successives, entre lesquelles se produit une accalmie de quelques minutes.

Vagues après vagues, quartier par quartier, des bombes. 20, 30 appareils lâchent, d’un coup leur chargement, note Bernard Esdras-Gosse. 200, 300 bombes s’abattant en ligne sur les immeubles du Centre-ville, pilonnant tout. Nivellement tragique, horrible, spectacle de terreur : de hautes maisons bourgeoises, de magnifiques immeubles haussmanniens, de vieux immeubles historiques, églises, cathédrale, musées, théâtres, hôtel de ville, bourse…s’abattent dans un fracas qui se confond avec le bruit des éclatements, 200, 300 éclatements à la fois.

Et cette poussière impalpable, ces immenses nappes de fumée émises par les incendies créent une atmosphère de fin du monde. »

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L’abri du jardin de l’Hôtel de Ville, ou se sont réfugiés les inspecteurs de Sûreté, tangue et tangue de plus en plus : « Ce n’est pas pour nous cette fois, mais ce n’est pas loin. Obscurité, Poussière et d’un seul coup, silence.

Je cours chercher ma bicyclette dans les locaux, la mets sur mon épaule, ressors en vitesse, me relève : deux revolvers sont braqués sur moi. Je suis tombé aux pieds d’un Allemand que nous avons surnommé « le balafré ». Me tournant le dos, il a été surpris et réagi avec sang-froid.

Sueurs froides. Dans le boîtier de l’éclairage de ma bicyclette, j’ai caché mon brassard de résistant. Mon bon vieux vélo a tenu le choc, mais chez les Allemands, les ordres pleuvent : un fusil-mitrailleur est orienté vers la rue Hippolyte-Fenoux, un autre en direction de la rue de Paris, un troisième défend l’entrée du bunker. Craignent-ils une attaque de la résistance à la faveur des bombes ? »

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Au poste de secours Paul Bert, école de Sanvic, le père de François Poupel a rapidement gagné une tranché sitôt qu’il a vu les premières bombes tomber. « Quand tout à coup, Claude, sur le bord du trou, hurle :

_ Hé, les gars. Celles-là c’est pour nous !

Nous levons les yeux. Des points noirs grossissent, se dirigent sur nous, bolides… On ne regarde pas plus longtemps ! On se jette dans l’entrée et BOUM. Alors ça a craqué : les secouristes roulent les uns sur les autres. Mes oreilles bourdonnent. J’entends pourtant le craquement épouvantable de l’écroulement des maisons. Les chevrons des toitures, des briques, des meubles, tout vole en l’air, redescend. Vacarme.

Mon casque se rabat brutalement sur ma figure : comme si je recevais un coup de poing sur le nez. Claude, en tombant, me flanque un grand coup de pied dans les côtes : j’en reste le souffle court cinq bonnes minutes. »

« Deux heures durant, écrit Pierre-Donnatien Cot, une pluie _ oui : une pluie de fer et de feu _ dégringole autour de nous. Notre abri tremble sans arrêt, oscille. Dans l’obscurité, car le courant de la ville est interrompu presque aussitôt puis se rallume, vire au rouge et s’éteint définitivement. Le Havre est plongée dans le noir. Seul la lueur des incendies éclaire la ville… »

« Deux heures effroyables, pour Julien Guillemard. Ce tiers de l’agglomération, le plus beau, un quadrilatère de la mer à l’Hôtel de Ville, limité au nord par la rue Gustave Flaubert, au sud par l’avant Port et le Grand Quai, est martelé, impitoyablement incendié, rue par rue, immeuble par immeuble, selon un plan bien établi. »

« Immeuble par immeuble, pierre par pierre , sous les coups, les plus beaux quartiers du Havre s’effritent, tombent en poussière : le boulevard François Ier, l’Avenue Foch, L’Hôtel de Ville, le quartier Saint-Vincent de Paul, tout disparaît, tout s’effondre, tout s’anéantit en de monstrueux écroulement, éclatements, soufflements. La mémoire de toute une région disparaît peu à peu. Destructions systématiques, écrit Bernard Esdras-Gosse. Et les vagues de bombardiers se succèdent sans répit. C’est l’enfer sur terre. Et des cratères profonds se creusent un instant, comblés par d’autres éventrations du sol. Les canalisation d’eau et de gaz, explosent. Sous les décombres, des êtres sont ensevelis, qu’une autre pluie de projectiles libère. »

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Il est tombé des bombes sur le poste Paul Bert !

Sous les bombes, le sous directeur de

la Défense Passive

arrive en vélo jusque sur les hauteur de Sanvic, aperçoit ses jeunes gens, toujours plus préoccupés de sauver les caisses de biscuit de sécurité que leur propres vies…

« j’ai alors pensé à tous mes camarades, raconte François Poupel. A mon père qui est parmi eux. Ils étaient partis tout à l’heure, pleins de vie. Sont-ils morts maintenant ?

_ Est-ce qu’il y a des tués chez nous ?

Mais le chef est parti sans répondre. Mon frère André est tout pâle. Je dois être décomposé. Pourquoi M. Prudhomme ne nous a t’il pas répondu ? Aurait-il voulu nous dissimuler la mort de mon père, la mort de mes camarades ?

_ Qu’est-ce que nous allons faire si nous sommes plus que tous les deux ? On pourrait aller voir. André, on va les dégager !

_ Ecoute, ils ne sont peut-être pas morts. Et puis le bombardement continue. Ce n’est pas le moment de courir les rues. Les caisses, les caisses d’abord : c’est un ordre.

Malgré la mortelle inquiétude qui nous étreint, malgré le bombardement qui reprend de plus belle, nous avons rentré toutes les caisses dans les classes. Je ne sais plus comment nous l’avons fait, mais nous avons eu la volonté de le faire. »

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Les jeunes gens, un moment enterrés sous les ruines du poste de commandement des équipes d’entraide ouvrière, fuient par les rues que dévorent les bombes au phosphore.

« Et, raconte l’un d’eux, par dessus tout ce vacarme, on perçoit, dans les moments de courte accalmie, le grondement des avions qu’on ne voit même plus à travers la fumée.

L’immeuble à coté du nôtre est éventré : il vacille, nous le voyons, il se disloque. De quelque coté que nous allions, les rues ne sont que couloirs en feu, dans lesquels tombent des masses enflammées.

Alors nous nous jetons dans la fournaise. Portant les 3 asphyxiés qui, malgré l’air grillé, reprennent vite leurs sens. Là ou nous passons, s’ouvrent sous nos pas des trous, et d’autres trous se comblent devant nos pas. Nous ne savons plus ou nous sommes. Tout a perdu physionomie de rues ou de boulevards. Comment sommes-nous encore en vie, perdus dans ce cataclysme ?

Et brusquement, me voici séparé des autres. Alors je pense à ma mère, je pense à ma sœur. Et je cours, et je tombe, et je me relève, pour ne pas retomber dans les excavations de bombes ou l’eau s’infiltre déjà, les égouts sont crevés en effet, les rail tordus vers le ciel, les poteaux et les fils électriques fauchés, les arbres effeuillés levant leurs branches dénudées vers les cieux alourdis de terre. C’est horrible et c’est affolant ! »

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« A Fontaine-La-Mallet, nous assistons, muets d’épouvante au bombardement du Havre, écrit Jean Rochard. Un pilote allié, tombé au début du raid et qui porte sur l’épaule SOUTH AFRICA, est encore plus effrayé que nous : il n’avait encore jamais vu cela d’en bas… »

« Le rayon d’action s’agrandit, constate Bernard Esdras-Gosse. L’enfer gagne les quartiers Notre-Dame, de

la Bourse

, Saint Joseph, Thiers, Saint Michel, de la rue de Paris, se maintient sur l’Hôtel de Ville et sur Saint Vincent. »

« Voici la sixième vague, note René Libert. Un bombardier, sans doute trompé par sa vitesse, lâche tout sur la rue Lamoricière,

la Place Poincaré

, les rues voisines, détruit la gendarmerie de Sanvic », spectacle qui afflige d’autant plus le témoin que « la menuiserie, les portes et les fenêtres ont été taillés par un artisan que je connais bien : mon grand père ».

A

20 KM

de l’épicentre, sur les hauteurs de Gainneville, le lieutenant-colonel Barclay, commanding-officer des Lincolnshire, empoigne sa paire de jumelles, et « observe le millier de bombes qui se déverse sur le Centre-ville du Havre » :

_ Spectacle impressionnant ! Spectacle terrible !

L’entendant, une vieille Cauchoise s’approche, et « par intervalles, répète à mon intention :

_ C’est mauvais pour les civils…

_ Indeed, it is !

Un panache de fume noire s’épaissit au-dessus de la ville, raconte le lieutenant-colonel. D’énormes incendies sont comme suspendus dans les cieux. Et jusque dans Gainneville, des documents roussis, noircis, carbonisés, certains portant en-tête de l’HOTEL DE VILLE et d’autres bâtiments officiels tourbillonnent dans les airs, planent et atterrissent. »

« On a peine à imaginer des deux heures de pilonnement incessant, ce tapis de bombes constamment renouvelé et qui n’en finit pas de se dérouler, déclare Henri Lagrange. Retrouver les impressions que j’ai éprouvées dans les cave de

la Préfecture

, pris dans une sorte de séisme, semblant alternativement rouler ou tanguer bord sur bord au gré des explosions, est plus aisé qu’il n’y paraît puisqu’il s’agit de souvenirs qui depuis plus de 60 ans collent à la peau. »

« Dans l’enfer des sous-sol du Grand Théâtre _ ou gisent les FFI qui s’y sont cachés en attendant l’heure de l’action _ et qui flambe comme une torche, on entend hurler plus de 200 damnés emmurés par les flammes et par les pierres, écrit Raymond Laubier. Une tête, les cheveux roussis et les yeux fous, se montre parfois à une fissure, une voix de supplicié, implorant dans l’orage :

_ A moi ! Au secours ! Je brûle ! Tirez-moi de là !

Mais on ne peut rien pour cet agonisant, déjà juché sur un monceau de cadavres, car la chaussée est aussi l’enfer, un chaos de ruines fumantes entre lesquelles trébuchent, avant d’être frappés, les gens recherchant des refuges qui s’écroulent les uns après les autres.

_ Mon père est tué à la porte ! Maman est sous la maison ! sanglote un gamin de 8 ans, que suit un chien berger hurlant à la mort.

Une bombe. L’enfant se jette dans les murailles d’une brasserie, juste à temps pour voir sortir par une échelle, une famille à demi noyée par le bière qui coule des fûts crevés. »

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Au PC des équipes ouvrières, près du Square Saint-Roch, à l’angle de l’Avenue Foch, 150 réfugiés s’entassent dans plusieurs caves séparées par des cloisons. Bientôt les murs tremblent. Puis les cloisons…soufflées. De sorte, qu’il ne reste qu’une immense cave allant d’un bout à l’autre de l’immeuble. Dans quelques instants ne restera qu’une moitié du bâtiment. Des cris, des appels au secours fusent des ruines. Mais qui pourrait entendre tandis que les bombes martèlent la ville en feu ?

Posté par Geo1710 à 20:12 - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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