En echo à l'article de Dan et Nicephore sur l'avenue Foch...voici le lien: http://havrais-dire.over-blog.com/article-30217979-6.html#anchorComment , je vous propose deux vues de l'avenue Foch au début et à la fin de la reconstruction.

Les immeubles de l'avenue Foch ont soit disant été entièrement préfinancés par leurs riches propriétaires...ou plutôt devrais-je dire, leurs riches coopropriétaires. En effet, le remembrement de l'architecte-urbaniste Jacques Tournant, disciple de Perret, métait un terme à la notion de propriété (un sol + un immeuble appartenant a la même personne) au profit de la coopropriété (partage de la propriété d'un même immeuble). Ce système de préfinancement à permis aux immeubles de l'avenue Foch de voir le jour beaucoup plus rapidement que prévu. Inversement, certains quartiers moins aisés ont attendu presque 20 ans avant que le chantier de reconstruction débute.

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Ci dessus, on remarque parfaitement le système de construction "Perret": Poteaux/poutres en béton + remplissage en pierre de taille, brique, pavé de béton ou granulé. En celà, la reconstruction du Havre fut révolutionnaire car ont expérimentait pour la première fois à grande échelle, un procédé de construction encore utilisé de nos jours. Cependant, dans Le Havre de l'après guerre, les techniques modernes de construction coohabitaient avec un outillage ancestral. Comme vous pouvez le voir, les échafaudages était en bois !

Ci dessous, la même vue au début des années 60. Sur la chaussée centrale de la Place de l'Hotel de Ville, des bus Berliet attendent leur ordre de départ. L'avenue Foch était encore sans verdure, ce qui ne facilitait pas son appropriation par les havrais. Dans la mémoire collective, cette architecture à longtemps symbolisé les souffrances de la guerre. Lorsqu'on parlait de la reconstruction ca renvoyait automatiquement ou souffrances qui ont conduit à cette reconstruction. Pour les anciennes générations, il était impossible de faire le deuil de leur ancienne ville. Le Havre d'avant guerre était idéalisé et mythifié.

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Témoignages de havrais sur la reconstruction, extraits du magasine Cité de Septembre 1994:

Après avoir passé toute la guerre dans les Hautes Pyrénées, je suis rentré au Havre, ma ville natale: ce n'était qu'un tas de briques de la place Thiers jusqu'à la mer. J'ai quitté mon ancien travail, l'industrie, pour la batiment. A cette époque, on manquait de main d'oeuvre. Elle est arrivée de toute la France et d'ailleurs. Léon Lemonnier

Ca reconstruisait partout. On ne faisait même plus attention. Rien ne semblait changer mais tout changeait. On voyait les camions, les ouvriers, mais je ne  savais pas qui étaient les architectes. Edith Vépierre

Perret voulait prouver qu'avec le béton, on pouvait faire aussi bien qu'au Moyen Age et à des prix intéressants. On dit que c'est un moderniste mais jamais personne ne m'à parlé aussi bien du Moyen-Age que lui. Abbé Marcel Marie

Vers 1950-52, j'ai participé à la construction des immeubles de l'avenue Foch. On appelait ces immeubles V1, V2, V3... on les construisait en élements préfabriqués qu'on faisait sur place. Sur le boulevard François Ier, j'ai construit le V49 en pierres de taille et le V50 à côté de Saint Joseph. Les gars avaient le droit à 3 litres de vin et des petits gateaux. Michel Pitte

Le Havre était très à la pointe. Les architectes anglais et allemands venaient ici pour s'informer. Le béton précontraint coutait un tiers de coût normal et la technique utilisée à Saint Joseph a permis des choses qu'on ne faisait plus depuis le Moyen-Age. Abbé Marcel Marie

On travaillait cinquante-quatre heures par semaine, tous les jours sauf le dimanche. Si les ouvriers voulaient changer de travail ou gagner plus, pas de problème, ils trouvaient un autre patron. Bernard Langlois

Il y'avait une bonne ambiance sur les chantiers. On marchait main dans la main. Bien sur parfois il y'avait quelques grèves: on décrochait les trolleybus...mais il n'y avait pas de bagarre, ça se passait gentiment. Michel Pitte

Ca a trainé pour être relogé. Les propriétaires touchaient le montant du remenbrement pour redonner aux locataires. Il fallait allonger des dessous de table en cas de dépassement du dossier ou alors faire une reprise sur les meubles. Gisèle Wojciechowski

Je trouve la ville belle. Belle comme le jour ou nous avons trouvé cet appartement. Je découvrais les WC, la salle d'eau avec son bruleur Chaffoteaux et Maury ! Et la salle de bain ! baignoire Gillac, machine à laver Hoover ... bref, le paradis ! Edith Vépierre

Du fait de la désertion des chalands dans les anciens quartiers, toute l'activité commerciale était centrée sur Thiers et le Rond-Point. les commerçants qui venaient s'installer faisaient figure de pionniers. Ca a été mon cas, puisque j'ai ouvert, rue de Paris, "Syracuse Musique", un magasin de disques que j'ai tenu pendant dix ans. Louis Barré

En 1946, l'Hotel NORMANDY était réfugié dans une propriété de la côte, ou nous dominions Le Havre. J'y suis venu avec Auguste Perret et quelques confrères. Je me souviens toujours de l'impression que nous avons eu le soir en sortant après un dîné. Cet énorme triangle complètement noir simplement bordé par les quais sur le port, ou l'on avait rétabli l'éclairage. C'était très impressionnant. Jacques Tournant (second de Perret, en charge du remembrement).