Vers 22h30, une formation de 18 Mosquitos arrive du Nord-Ouest. L'un d'eux se détache, pique, prend d'enfilade la rue Felix Faure qu'il mitraille. La Flak déclanche un tir d'obus traçants sur une seconde formation de 35 bombardiers Lancaster qui suit les chasseurs, cette formation se déploie en éventail. C'est aussitôt une bombardement d'une intensité que nous n'avions pas encore connue. La Flak se tait asser rapidement, tandis que les bombes continueent à pleuvoir.

La Base sous-marine havraise à la libération...

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Chaque nuit depuis le débarquement, des vedetets rapides allemandes sortaient de la base sous-marine pour aller attaquer les navires en attente devant Arromanches ou les Anglais achèvent la construction du fabuleux port artificiel. L'Etat Major Suprême des Forces Expéditionnaires Alliées attachait la plus grande importance à la destruction des unités de la Kriegsmarine basée au Havre. A cette fin, ils utilisent pour la première fois des bombes de 12 000 livres, soit environ 5 T et demie. Le chef de l'escadrille 67, marque la base sous-marine et 22 bombes de 12 000 livres sont lancées. Elles ne parviennent pas à percer le béton, mais celles qui tombent dans le bassin de Marée provoquent un tel raz de marée qu'une douzaine de vedettes rapides et de dragueurs légers sont détruits. Trois des quatre torpilleurs de la 5eme flottille sont coulés par des coups directs. le but assigné au Bomber Command par l'Amiral Ramsay, commandant en chef des forces navales interalliées est rempli. Il n'y a plus de force navale allemande au Havre.

Le Môle Central et la base sous-marine en partie détruite après le raid du 14 au 15 Juin

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Durant 30 minutes, les vagues de bombardiers se suivent déversant 1815 tonnes de bombes. L'électricité s'éteint plongeant dans le noir toute l'agglomération havraise. Des incendies s'allument, tout l'Ouest de la ville de la Gare à la Plage a été touché. Puis le calme revient dans le ciel tandis que sur terre les incendies se développent dans tout le centre-ville.

39 rue Edouard Lang. Cette maison existait depuis 1538

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Bref répit, puis le trait d'argent d'un projecteur de dresse vertical dans le ciel, et plus à l'ouest, trois autres projecteurs convergent en faisceau. Le grondement des avions vient du Sud cette fois, une fusée descend dans le ciel, la Luftwaffe va bombarder les ports du Sud de l'Angleterre. Le trait vertical et les trois se croisant, sont des repères servant à les guider : ils sont encore allumés quand vers une heure trente, un autre roulement d'avions se fait entendre.

Angle rue Edouard Lang/ Guillaume Le Testu

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Brusquement, vers 1h30 du matin, une vingtaine de fusée éclairantes s'allument en même temps au dessus du port. La Flak déclanche un tir de barrage rapidement couvert par le fracas des explosions des bombes, leur sifflement et celui des avions qui piquent, se détachant sur le tonnerre infernal des éclatements. Dans la ville, les pompiers, les équipes de la défense Passive, les Equipes Nationales et les volontaires de la Croix Rouge déblaient les maisons éffondrées lors des premiers bombardements et dégagent les blessés ensevelis sous les décombres, se trouvent pris dans l'enfer du bombardement. Ils poursuiventleurs sauvetages, tandis qu'autour d'eux les ruines s'amoncèlent.

Le palais de la Bourse après le raid du 14 au 15 Juin 1944. Vue prise depuis la rue Jules Siegfried.

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L'entrée principale de la Grande Poste, rue Jules Siegfried

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La Bourse, la Grande Poste sont touchées, ainsi que de nombreuses maisons environnant de Palais de Justice. Pour la 3eme fois l'immeuble "Fort Chabrol" est touché et pour la 5eme fois, le Grand Café du Select (bvd de Strasbourg) est sinistré. Plusieurs hôtels avoisinant la gare sont atteints. Boulevard de Strasbourg les entonnoirs se succèdent. Les rails de tramways tordus s'enchevêtrent avec les câbles électriques et les fils téléphoniques. Une torpille est tombée sur la prison, tuant deux prisonniers. des 143 détenus, aucun ne profitera de l'occasion pour s'enfuir. Ils participent à de nombreux sauvetages, mais le lendemain, tous répondront présents à l'appel . Le Procureur de la République signera un ordre d'élargissement presque général.

La rue Edouard Lang et la Cathédrale Notre-Dame après le raid du 14 au 15 Juin 1944

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A l'Ouest de la ville, la rue du Docteur Gibert et le square Saint-Roch n'ont pas été épargnés. Les quartiers Saint-Michel et Thiers (Coty) sont très éprouvés, toutes les façades des magasins situés en bas de la place Thiers sont détruites. Mais les destructions sont plus importantes encore dans le quadrilatère situé entre la rue de Paris, l'Avenue Foch et le Perrey. La façade de l'Eglise Saint Joseph s'est écroulée, les gazomètres ressemblent à des accordéons éventrés. Les magasins aux décors du Théatre est détruit, ainsi que les ateliers du costumier La Poulle, et les jours suivants, on pourra voir les gosses du quartier se vêtir de défroques ramassées dans les décombres et, sur les décombres même, jouer aux Trois Mousquetaires. Les décors du Théatre sont transportés sous les Halles Centrales. Tout au long du boulevard François Ier, de nombreux immeubles sont détruits. Les vieux quartiers populaires des rues Edouard Lang et de la Halle ont également térriblement souffert. Tout l'ilôt d'immeuble situé entre le quai de Southampton et la Cathédrale Notre-Dame, brûle, risquant de communiquer l'incendie à tout le quartier. Les Allemands arriveront à éteindre le feu en dynamitant tout les ilôts voisins.

L'ilot au Sud de la Cathédrale, ravagé par les bombes dans la nuit du 14 au 15 Juin 1944.

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Le 15 Juin, quelques heures après la fin du second raid, les pilotes rentrant à leur base, gardaient ce souvenir des lueurs des incendies sur la ville et le port, dans un ciel d'une clarté exceptionnelle alors qu'ils se trouvaient à quelques miles des côtes anglaises. Loin derrière eux, au sol, pompiers havrais et allemands, marins, équipes de la DP, secouristes, luttaient dans la fournaise des flammes et des explosions tardives.

Rue Dicquemare entre la rue Emile Zola et Voltaire. au fond, la porte sud des Halles Centrales

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Depuis la place des Halles Centrales, vue sur la rue de Sery au premier plan (au niveau de l'actuel magasin Picard). Au fond, la rue Louis Brindeau

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Au cours de ce 2eme Raid, 200 bombes ont été larguées sur la ville et plus de 1000 ont ravagé le port. La Gare Maritime Transatlantique a été détruite par une bombe Tall Boy, sa tour marégraphe est tombée dans le bassin de Marée avec la Flak qui en occupait le sommet. Les hangars des quais d'Escale et de Floride sont en feu. Quand l'aube se lèvera, des marins Allemands erreront en ville, en caleçon ou drapés dans leur couverture, hebétés par le cataclysme qu'ils viennent de subir.

La rue Racine du Nord au Sud. A gauche, l'arrière du Grand Théatre. Sur la droite, on trouve aujourd'hui le café Victoria et sur la gauche, le célèbre Volcan.

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Vue depuis la coupôle du Grand Théatre. La rue Racine, la rue Molière (rue disparue de nos jours) et les Halles Centrales

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La fontaine de la Halle aux poissons (quartier Notre-Dame)

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Les Allemands ont requis la défense Passive pour ramasser leurs centaines de marins et soldats tués sur le port (les chiffres exacts ne sont toujours pas connu à ce jour). On apporte par camions leurs cadavres au Lycée Jules Lecesne ou se feront les mises en bière.

Rue Bernardin de Saint-Pierre. Au premier plan à gauche, les arbres de la place Albert René.

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L'hébétitude des allemands à fait dire aux témoins: "si les Anglais avaient débarqué au Havre cette nuit après le bombardement, ils seraient descendus l'arme à la bretelle"... peut être une explication au cataclysme du 5 Septembre ? ce qui est vite dit car il y'avait 3000 marins Allemands sur le port et plus de 10 000 soldats de la Wehrmacht en ville.

La Place de la Halle aux poissons (quartier Notre-Dame)

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Hélas, dans le centre-ville, on dénombra plus de 80 civils tués. Il est cependant étonnant que les havrais n'aient pas ce jour là, connu plus de deuils, quand on considère la densité et la violence inouie du bombardement et le nombre de maisons détruites. Herueusement la ville ne comptait plus que 60 000 habitants sur les 160 000 d'avant guerre et les havrais étaient habitués aux bombardements, sans quoi il y'aurait eu plusieurs milliers de morts parmis les civils.

Reconnaissance aérienne du 17 Juin 1944. On remarque les nombreux cratères de bombes sur le port et en ville. Dans le quartier Notre-Dame, un ilôt brûle toujours. Les Allemands parviendront à éteindre le foyer avec de la dynamite.

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A 14h35, le 15 Juin 1944, la BBC annonce le plus naturellement possible: "A la tombée du jour, hier soir, nos avions ont attaqué les vedettes lance-torpilles du Havre. La visibilité était parfaite et toutes nos bombes sont tombées sur les apontements. Dans la nuit, une seconde vague à bombardé les Docks du Havre. A la suite de ces raids particulièrement réussis, aucune vedette n'à attaqué nos navires."   ... NO COMMENT

Source: Georges Godefroy - Le Havre sous l'occupation - 1940 - 1944

JP Dubosc - Le Havre 4 années d'occupation en images

Un été 44 - Max Bengtson