Des drapeaux il y'en avait comme jamais on n'en avait vu, et pas seulement sur les édifices, les maisons, partout ou il était possible d'en arborer, mais aussi dans les mains de ceux qui attendaient...

A 10h50 exactement, le train présidentiel entra en gare. Accueilli à la descente de wagon par les Parlementaires et les Autorités civiles et militaires du Havre et du département, Mr René COTY, avant de quitter la gare, s'inclina devant la stèle apposée dans le hall à la mémoire des morts de la SNCF, qu'il avait fleurie auparavant...

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Place de la Gare, ou les honneurs militaires lui furent rendus par les unités du 406eme R.A.A, le Président. Ayant passé les troupes en revue, il monta en voiture pour, par les artères principales du centre, se rendre au Monument aux Morts de la Place Gambetta.

Ci dessous, le cortège présidentiel sur le Boulevard de Strasbourg. En toile de fond, la Tour de la gare.

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Mais un peut avant d'y arriver, l'attendait le premier hommage de la population havraise, qu'il reçut des mains de Messieurs Lefèvre et Helmys qui, au nom du comité de la rue de Paris, lui remirent un exemplaire spécialement tiré à son intention, du "Havre de Grâce au temps de nos pères et de leurs fils", de Maurice Melissent et Bernard Esdras-Gosse.

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Au Monument de la Victoire, que le bon sens des Havrais fait appeler plus communément "Monument aux Morts", le Président COTY déposa une énomre couronne de fleurs, portée par deux de ses anciens compagnons de combat, Messieurs Colbosc et Duboc, pendant que s'égrenaient les lentes notes de la sonnerie aux morts. Après quoi, il donna l'accolade à ses deux frères de guerre retrouvés, avant de passer en revue les marins et soldats qui rendaient les honneurs et de serrer les mains des porte-drapeaux des Anciens Combattants, puis de se rendre devant le tertre ou doit être érigé un monument à la mémoire des victimes civiles de la dernière guerre.

Au monument aux Morts accompagné de deux frères d'armes.

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Un moment d'intense émotion, aussi bien pour les anciens combattants que pour le Président qui, dans ce quartier du Havre, vint si souvent se recueillir aux dates anniversaires des grands sacrifices sanglants, comme il venait souvent autrefois dans cette rue de Paris, pour des réunions au Cercle Républicain, au début de ce siècle, ou plus simplement pour s'y promener, comme avaient coutume de faire les havrais avant que les bomardements ne l'aient transformée en un immense champ de ruines. Emotion d'autant plus vive pour lui, qu'autour du Monument, miraculeusement préservé, les hauts immeubles neufs sont déjà plus que les prémices d'une proche renaissance.

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Alors fut rompu le silence du recueillement, et le Président ayant repris place dans sa Talbot présidentielle aux côtés de Mr Léopold ABADIE (maire du Havre), le cortège reprit son cheminement, précédé des voitures de presse des motocyclistes de l'escorte, pour se rendre à la mairie provisoire dans le quartier du Rond-Point.

Un court arrêt Place Thiers, ou un arc de Triomphe figure une porte du Havre d'autrefois, et ou Mr Travers, au nom du Comité du même nom, remet à Mr René COTY, en souvenir de son passage, un album relié de chagrin rouge contenant des lettres autographes et des portraits de Thiers qui fut le premier président de la IIIeme République, en lui adressant une courte allocution.

Ci dessous, le cortège présidentiel sur la Place Thiers, devant l'Arc de Triomphe décoratif érigé pour l'occasion. En arrière plan, l'immeuble situé à l'angle de la rue Edouard Corbière et de la rue Thiers (René Coty), pavoisé par ses habitants, et la façade du cinema Rex (aujourd'hui Darty).

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Un nouvel arrêt au Rond-Point, ou les jeunes Jacques DUCHEMIN et Colette TURLURE lui offrent des fleurs accompagnées d'un "domino d'honneur". Et partout, les applaudissements, les bravos, un accueil ouvert, spontané, immense. des bras qui se tendent, des drapeaux qui s'agitent, des sourires, des visages heureux, toute une population, tout un peuple dans l'allégresse, dans la fierté, dans l'amitié des retrouvailles.

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Dans les jardins de la Mairie Provisoire, une surprise attendait Mr René COTY. L'Harmonie Municipale d'accueille aux accents de la marche du 129eme RI. Une autre jolie surprise qui fait s'immobiliser le Président, qui de surcroît, reconnaît parmi les éxécutants un de ses camarades de guerre, Mr Gustave Nancy, qu'il avait connu du temps ou il était adjoint à Mr Henri GENESTAL, Maire du Havre, et qu'il retrouva dans les tranchées de Neuville Saint-Waast.

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Le Président se dirigea vers le pavillon de la Mairie provisoire ou lui furent présentés le Conseil Municipal et les corps constitués. Mais c'est dans la salle des mariages et celle des commissions que devait se tenir la véritable réception, parmi une assistance considérable d'invités. Là Mr Léopold ABADIE, s'adressant au Chef de l'Etat, très simplement, lui adressa les souhaits de bienvenue dans sa ville natale. Alors, en souvenir de cette journée, Mr le Commandant Abadie remit au Président Coty, la grande médiaille d'argent de la ville du Havre.

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C'est en évoquant des souvenirs de cher Hôtel de Ville d'autrefois, du grand Maire que fut Jules Siegfried, que le Président COTY répond tout d'abord à ces aimables paroles avant, se tournant vers le présent et vers l'avenir, de souhaiter pouvoir revenir un jour déchargé ces soucis du pouvoir, se promener librement dans les quartiers dont tous les immeubles lui rappelleront de chers souvenirs, comme aussi dans la ville nouvelle. Je reviendrai, dit-il, me promener seul, librement, au bord de la mer ou je faisais autrefois ma petite promenade...

Ayant quitté la Mairie, le Président René Coty s'arrête un long moment devant le monument élevé à la mémoire de Jules Siegfried et érigé provisoirement dans le jardin avant de l'être à son emplacement définitif, sur le plateau, parmi les maisons d'habitation à loyer modéré de la Mare-au-Clerc.

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Puis dehors, le cortège s'étant reformé, ce sont encore les acclamations des Havrais qui l'accueillent et l'accompagnent comme une houle, tout au long du Cours de la République, jusqu'au Monument "Souviens Toi", ou en compagnie de Mr le Docteur Soret et de Mme Baheux, il renouvelle le geste d'hommage accompli au Monument aux Morts.

Ce simple et poignant monument, fait de matérieux tirés des décombres du Havre en ruines, qui, avec ses petites croix blanches, perpétue le souvenir de ceux de al Résistance tombés sous les balles d'un peloton d'éxécution ou abattus au coin de la rue, de ceux des camps de captivité et de la déportation, de ceux tués par les balles allemandes hors des champs de bataille des soldats, ou anéantis dans les camps d'extermination.

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Et c'est un nouveau départ, vers le port cette fois. Après avoir franchi les limites de l'établissement portuaire, le cortège s'arrête un instant à l'angle du Bassin Bellot, au quai Hermann-du-Pasquier, ou sont accostés les dragueurs de mines de la Marine Nationale "Oise" et "Laffaux", sur la plage avant et à la bande desquels les marins sont impeccablement alignés au "garde à vous".

Là, sur un des pylones supportant le chemin de roulement des grues de cent tonnes, un voile tricolore masque la stèle à l'éffigie de Mr Hermann du Pasquier, qui fut président de la Chambre de Commerce et du Port Autonome du Havre, dont l'un des quais porte le nom.

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A la Gare de la Compagnie Générale Transatlantique (quai Joannes Couvert), un repas était servi à l'intention des anciens du Havre, économiquement faibles, suivant le désir du Président COTY, qui avait demandé que la presque totalité des sommes recueilles pour lui offrir un souvenir y soit affectée. Il y'avait à la Gare Transatlantique plus de mille invités réunis dans le grand hall d'embarquement.

Lorsque le Président de la République entra dans l'immense hall, si des applaudissements chaleureux jaillirent des vieilles paumes, ce fut presque du délire lorsqu'ayant rejoint Madame Germaine COTY, qu idevait présider ce repas, le Président en bon époux, l'embrassa sur les deux joues.

A l'occasion d'un discours, René Coty rappella au cours d'une évocation de ses quelques cinquantes années de vie politique, que Le Havre, sous la municipalité Léon MEYER, a été la première ville à instituer la retraite des vieux travailleurs.

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"Vivent les anciens et les anciennes surtout et bon appétit" lance, en terminant son discours, le Président, follement applaudi au cours des différentes péridoes de son allocution et qui ajoute: "Retenu par d'autres obligations, je dois vous quitter mais je laisse ici, au milieu de vous, ce que j'ai de plus cher au Monde: ma femme. Vivent les Anciens et les Anciennes, Vive Le Havre, Vive la France et Vive la République !".

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Avant qu'il ne quitte la salle, Mr René COTY tint à féliciter les cuisiniers, Messieurs LECLERC, et LEBOURG et surtout Mr Jean DUCHEMIN, le célèbre "PERE LA BRIOCHE" de la "Commune Libre du Rond-Point"

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Alors, fut servi le copieux menu composé de: apéritif, hors d'oeuvres variés, darne de colin porte océane, poulet du pays, salade mimosa, crèmes de Normandie, patisserie du Chef, corbeille de fruits, vin blanc, vin rouge, bière, cidre bouché, café et liqueurs.

A la table d'honneur, Mme Germaine COTY préside, entourée par de nombreuses personnalités locales.

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Pendant ce temps, à la sous Préfecture du Havre était servi par le maître queux Daniel Bondonnat, de l'Hôtel de Normandie (quai Georges V), l'excellent menu de déjeûné officiel offert en l'honneur de Mr René COTY, Président de la République Française, par la Municipalité du Havre, le conseil Général de la Seine-Inférieure, la Chambre de Commerce et le Conseil d'Administration du Port Autonome du Havre.

MENU                                                                                                   VINS

Un Hôte de l'Estuaire,                                                                            Pouilly Fuissé 1952

Le Coq François Ier,                                                                              Chateau Rolland Margaux 1947

Les Haricots verts au beurre d'Isigny,                                                     Champagne Dentz 1947

Nos Fromages Normands,                                                                      Café Grand Arôme Spécial

la Glace Porte-Océane                                                                           Bénédictine - Calvados

les petits sablés havrais                                                                         Martel Cordon Bleu

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De la sous Préfecture, Mr le Président René COTY gagna à pied le chantier du nouveau Palais de la Bourse, la futur Chambre de Commerce et d'Industrie, ou il devait poser la première pierre.

De longues ovations saluant son arrivée sont à peine achevées que d'autres reprennent, quand apparaît Mme Germaine COTY, qui vient rejoindre sa famille à l'abri de la pluie, dans la tribune d'honneur.

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Reçu à l'entrée du chantier par Mr Roger MEUNIER, Président de la Chamabre de Commerce, qui lui présente les membres de cette compagnie, Mr le Président COTY entend alors la lecture, par Mr ZAVARONI, architecte en chef de la Chambre de Commerce, membre de l'Atelier PERRET, du parchemin relatant cette manifestation, lequel, ayant été inséré dans un tube de plomb, fut ensuite placé et scellé dans la pierre, par le Président de la République, assisté de Mr Jean LEMAIRE, directeur général de l'entreprise Thireau-Morel.

A Mr Roger MEUNIER appartenait de prononcer le discours d'usage, ce qu'il fit avec sa nettetée et sa franchise habituelle...

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Ci dessous, un extrait du discours de Roger MEUNIER, qui résume les raisons de ce chantier de la nouveau "Palais de la Bourse":

[...] Vous avez bien voulu accepter de procéder à la pose de la première pierre du nouveau Palais de la Bourse, résidence de la Chambre de Commerce. Nous n'oublions pas l'aide que vous nous avez apporté pour franchir certains obstacles dressés par une administration sans doute dévouée, mais quelque peu formaliste, au point que la présente cérémonie est l'aboutissement d'une longue série d'espoirs et de déceptions dont il convient de retracer succintement les péripéties.

C'est en Septembre 1944 que fut aux trois quarts détruite notre Bourse. Il n'en subsistait guère que les fondations et les quatres façades, ce qui aurait pu en justifier la restauration si ce n'était posée l'alternative de la complète destruction. La tempête de Septembre 1946 en abattant toute la façade Sud, se chargea de mettre fin à la controverse.

Ce fut donc le 2 Juin 1947, qu'en conclusion au concours d'architectes organisé par notre compagnie, fut adopté un projet dont, ignorant alors les difficultés financières qui nous attendaient et les médiations de l'urbanisme, qui rendirent longtemps l'emplacement de notre Bourse itinérant, nous avions la candeur de penser qu'il pu être réalisé sans délai.

Bref, sept années d'études furent nécéssaires pour aboutir à la naissance de l'immeuble dont la maquette s'offre à nos regards et qui n'à rien de commun, en architecture, en valeur, ou en implantation avec le projet primitif.[...]

A SUIVRE...